Mes yeux se ferment. Mon cerveau ne contrôle plus rien. C’est comme si je devenais un pantin, la marionnette de la douleur. Tenues par des fils invisibles, mes paupières s’abaissent fatalement. Je sombre doucement dans une obscurité imposée. Pourtant, avec le peu de force qui m’anime, j’essaie tant bien que mal de rompre cette opacité. Péniblement, mes cils se relèvent… mais la lumière étincelle violemment dans mes pupilles qui tentent désespérément d’échapper à ce soleil artificiel. Je vis cette intrusion comme une brûlure intense qui secoue tout mon être. Mon corps avait compris avant moi : fermer les yeux est pour moi maintenant vital.
Dans cette ambiance nébuleuse, ma tête cogne… cogne… cogne… Tel un marteau que l’on lance inlassablement sur le même clou, je sens un mal récurrent qui détruit progressivement mes facultés intellectuelles. Cette douleur fixe n’émigre pas. Elle se fige au même endroit, et ce, pendant des heures, voire des jours. Elle hante mon esprit qui ne pense qu’à elle. Elle devient Reine. Amoureusement, elle reste près de moi et me force à l’entendre en cognant, cognant, cognant.
Je voudrais la quitter. Je pleure de désespoir. Je ne veux pas d’elle. Telle une sorcière, je la maudis. Elle est mon ennemie, ma pire moitié. Elle vit toutefois avec moi, en moi, mais je n’en peux plus. J’envie une séparation, mais elle ne veut pas m’abandonner. Telle une amante en mal d’amour, elle s’accroche. Les médicaments ne l’effraient même pas. Quand ils la touchent, elle disparaît quelques heures pour se faire oublier puis, avec une délectation facétieuse, revient à la charge. Nous deux, c’est à la vie, à la mort… Je la hais.
Un seul moyen m’a été attribué pour la faire mourir quelques semaines. Là, je deviens la maîtresse du jeu. Elle ne résiste pas à cette épreuve.
Quand les forces s’amenuisent, mais avant qu’elles périssent, je vais vomir cette douleur. Je vide mon estomac des tracas qui dansent inlassablement dans mon esprit. Je jette dans la cuvette les angoisses qui m’animent. Je relève la tête, attends allongée sur le canapé qu’elle succombe à cet acte. Il parait peut-être barbare, mais fonctionne. Ce qui compte avant tout, c’est que cette céphalée de malheur trépasse et me laisse tranquille, dans un état serein.
Je sais déjà qu’elle reviendra. Dans quelques semaines. En attendant, il faut que je profite de ma quiétude, que je jouisse des moments intenses de vie où la douleur n’est qu’un concept…




Lors de l'édition du midi, le présentateur du journal annonce une nouvelle hypothèse concernant le phénomène de l'obésité. Des scientifiques ont mis en évidence l'aspect relationnel comme cause possible du surpoids. Selon leurs études, une personne de corpulence « normale » peut voir son poids augmenter si elle communique de façon régulière avec un individu « costaud ». 
Bien sûr, j'ai réfléchi sur ce communiqué. Pour être concernée par ce problème depuis ma tendre enfance, je souhaitais avoir ma propre idée avant d'en discuter avec autrui. Certes, la génétique et les mauvaises habitudes alimentaires sont des causes essentielles à cette défaillance corporelle. Mais je pense qu'il y aussi le stress : quelqu'un d'angoissé va soit maigrir soit grossir et ce, quelque soit son alimentation. Il ne faut pas voir le gros comme un individu qui mange sans cesse, non, ce n'est absolument pas ça. Il y a, semble-t-il, des facteurs internes qui font que notre organisme traite de manière différente l'absorption des aliments. Certains les conservent, d'autres les évacuent plus rapidement. Pour avoir fait l'expérience quelques mois, je pense que la clé d'une perte de poids est l'adéquation entre un bon équilibre alimentaire, une activité physique régulière, un moral d'acier et enfin un épanouissement psychique. Le tout est de ne pas craquer et de faire de ces combats une manière idéale de vivre. C'est le plus laborieux...
Tout n'est pas faux... Parfois, quand deux personnes gourmandes sont ensemble, elles minimisent le fait de craquer et de manger une barre chocolatée. Elles parlent de leurs difficultés à garder stable leur rythme alimentaire. Cette bataille contre les sucreries, aliments qui ont l'avantage de calmer l'inquiétude, n'est pas toujours évidente. La volonté a parfois des défaillances et la culpabilité d'avoir échoué suit inévitablement cet acte de faiblesse. Comment surmonter alors ce nouvel égarement, cet échec face à l' alimentation ? Devinez...
En fait, je pense que ces chercheurs ont émis cette hypothèse pour des cas précis. Quand des personnes fortes se fréquentent et n'ont pas le projet de maigrir, elles peuvent effectivement grossir ensemble car elles n'étudient pas la consistance de leurs repas et mangent la nourriture qu'elles apprécient le plus sans se soucier de l'équilibre alimentaire. Au-delà de l'aspect physique dont elles semblent peu se soucier, elles n'ont pas idée que ces aliments riches peuvent entraîner de graves problèmes de santé. D'un point de vue psychologique, manger signifie pour elles ne pas succomber aux principes imposés par la société : être mince pour être belle. C'est un moyen de dire merde à la dictature des canons esthétiques, c'est faire le choix d'accepter ses rondeurs et de les assumer.
Sinon, si une personne mince fréquente un individu rond et prend du poids, c'est que lui non plus n'a pas acquis les principes même de l'équilibre alimentaire. Personne ne le force à manger des aliments riches en calories. Alors, pourquoi s'en prendre à celui qui souffre déjà de cette faiblesse ? 
































A vos plumes...