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Il y a bien longtemps que je n'avais pas apprécié un roman tel que celui-ci. La lecture est pour moi une passion. Cette activité certes solitaire me permet d'échapper pour quelques heures à ce quotidien parfois trop angoissant. Je parcours silencieusement les lignes de ce livre et découvre l'univers du personnage principal qui au fur et à mesure devient mon ami. Les paysages peints avec tant de réalisme deviennent alors mon environnement. A chaque étape de son existence, je frisonne. Tel un ange gardien, je veille sur mon héroïne. Je souris quand la vie la taquine, je pleure quand le destin la torture. Les épreuves qu'elle traverse deviennent miennes.
Il m'est parfois difficile de quitter cette femme que j'imagine grâce aux mots de l'écrivain. Et c'est avec une hâte certaine que j'attends patiemment le soir prochain pour me plonger de nouveau dans son histoire. Comme un rendez-vous, on se retrouve enfin dans la pénombre de cette fin de journée. Rien n'a bougé : elle m'a calmement attendue. Tout s'est figé depuis notre dernière escapade. J'ouvre délicatement le livre et telle une formule magique le récit s'anime de nouveau. Tout reprend vie. Les mots reprennent leur rythme soutenu faisant gambader mon imagination. Les yeux ouverts, je la vois. Elle est dans ma tête et je la fais déambuler dans sa propre vie. J'ai le pouvoir de la rendre vivante. C'est merveilleux.
Et puis vient la fin de l'histoire. Les pages lues s'accumulent. La quatrième de couverture fait bientôt son apparition. Je dois la quitter, la laisser dorénavant seule poursuivre son chemin de vie. Nos routes se séparent. Allongée sur le dos, mon livre est posé sur mon ventre. Je regarde sans conscience le plafond de ma chambre et réfléchis à tout ce que je viens de lire. Il me faut quelques minutes pour réaliser que nos routes sont maintenant séparées. Elle n'a plus besoin de moi. Son schéma narratif est arrivé à destination. Elle a mené ses épreuves à terme et a su franchir admirablement les obstacles que le méchant auteur avait mis sur son passage. Dans quelques jours, j'aurai l'audace de choisir un nouveau roman et de me prendre d'affection pour un autre personnage. Mais je n'oublierai pas celle qui auparavant m'a fait frémir pendant plus de deux cents pages. Le temps efface parfois certains personnages, mais la plupart reste très présent dans mon esprit. Ce sont les joies de la lecture. On y rencontre des gens formidables !

Ce livre qui m'a agréablement surpris est l'oeuvre de Sylvie Testud. Sylvie est une actrice de la nouvelle génération. Pas très connue, elle a pourtant un immense talent. Elle a notamment pris les traits de l'héroïne littéraire d'Amélie Nonthomb qui, avec son roman « Stupeur et tremblements », a connu un imposant succès. Pour ce rôle, la comédienne a même appris à parler le japonais !
Dans son livre « Il n'y a pas beaucoup d'étoiles ce soir », Sylvie Testud parle de sa propre vie. De castings en interviews, de la remise des Césars au magasin de bricolage, la jeune femme nous fait découvrir son univers. Loin des strass et des paillettes, c'est une fille simple qui n'a pas pour ultime objectif de figurer dans les pages people du magazine « Voici » ! Soucieuse de faire plaisir au réalisateur, elle travaille beaucoup ses textes et son interprétation. C'est une vraie professionnelle qui, malgré son expérience, appréhende toujours de jouer. Dans ce livre autobiographique, on découvre le milieu du showbiz et notamment comment se déroule la réalisation d?un film pour le cinéma. Sylvie nous révèle même qu'elle doit se maquiller les fesses pour tourner une scène d'amour et que pour avoir l'image finale qui servira au film elle aura caresser son partenaire pendant plus de huit heures d'affilées !
On la suit également dans la préparation de sa participation à la remise des Césars. La maison Chanel lui avait prêté une robe, des bijoux et même des chaussures ! Effrayée quand elle a entendu son nom, elle a du surmonter sa peur et traverser l'immense salle pour récupérer sa récompense. Devant un parterre de stars, elle a essayé tant bien que mal de prononcer un discours. Fière d'être reconnue par le milieu, elle avait néanmoins hâte de quitter cette salle afin de pouvoir quitter ses chaussures trop grandes, cette coiffure digne de Marie-Antoinette et de faire un câlin à son chien !
On suit enfin Sylvie Testud dans son quotidien et notamment dans les travaux qu'elle a effectués dans son appartement. Elle reste cependant très discrète sur ses amours et ses amitiés, sur sa famille. Elle parle de quelques acteurs, mais ne donne jamais de nom. Ceux et celles qui connaissent bien son parcours cinématographique pourront peut-être faire des liens, moi pas.
Livre de poche, 2003, environ 5 euros.
J'ai très envie de découvrir de nouveau Sylvie Testud dans d'autres oeuvres littéraires. Je sais que d'autres romans ont suivi celui-ci. Elle a une écriture simple. Elle écrit comme on parle. Son style est un peu particulier, il peut peut-être déranger. C'est parfois redondant. Ces idées fusent et se mélangent. J'imagine bien cette femme comme ça dans la vraie vie : souvent ébouriffée, elle est naturelle. Elle semble se poser les questions essentielles. Pas pin-up pour un euro, elle est néanmoins très jolie. Son charme, c'est cette attitude de « je viens de me lever ». Je pense que c'est vraiment elle dans ce livre. Sans fard, elle pose des mots sans réfléchir intensément à la meilleure structure et syntaxe. Moi, ça ne m?a pas embêté plus que ça. En fait, on s'y fait. L'image qui me vient tout de suite en écrivant ces lignes, c'est une marmite. Les idées de Sylvie Testud bouillonnent et on a la chance qu'elle nous les fasse partager. Alors, bonne lecture !
Sylvie Testud, « Il n'y a pas beaucoup d'étoiles ce soir »,



Etre surprise par la bonté des Hommes est un délice que je savoure aujourd’hui encore. Que des inconnus espèrent vous voir heureuse et épanouie est une attitude qui malheureusement m’étonne. Oui, c’est triste de ressentir cette émotion : ai-je encore foi dans la nature humaine ? Il y a des gens bien sur cette terre, des gens qui souffrent de voir leurs pairs abattus par tant de douleurs psychologiques. Ils mettent au placard leur propre désespoir et dans un élan d’empathie essaient de trouver les mots justes pour réconforter celle dont le cœur et l’âme crient.
Il y a quelques jours je me suis rendue à l’hôpital pour faire un bilan concernant ma perte de poids. Après la prise de sang et les autres examens médicaux, après la marche d’une heure trente sous un magnifique soleil, nous nous sommes tous réunis dans une salle afin de mener une réflexion collective sur l’évolution de notre poids. Ce groupe de parole mené par l’infirmière psychiatrique permet aux personnes qui connaissent le même problème de se rencontrer et d’échanger. Ce n’est pas un exercice facile. La plupart des gens qui participent à cette journée n’apprécient pas beaucoup ce temps où l’on doit énoncer ses soucis. Le silence est alors de rigueur. Chacun se regarde et sollicite l’autre pour qu’il parle. Mais l’infirmière n’est pas dupe. Telle une enseignante de collège, elle interroge chacun d’entre nous : nous sommes pris au piège. Il faut parler. Certains ébauchent les épreuves qui jalonnent leur vie, d’autres au contraire jouissent de pouvoir enfin balancer tous leurs maux. Ils vident leur sac et pleurent. La souffrance de l’un de nos compatriotes entraîne inexorablement des larmes dans nos propres yeux. Les histoires se ressemblent : manque affectif, image négative de soi, relations conflictuelles avec des proches, insultes et regards méchants, douleurs corporelles… C’est le moment le plus difficile à vivre dans cette journée qui est la nôtre. Parler de soi. Se comprendre. Comprendre les raisons de ce corps imposant qui nous suit depuis tant d’années et dont on voudrait se débarrasser. 
Le seul homme de la salle, un bel homme de soixante ans, m’a alors regardée. Son regard était triste. Il ne comprenait pas. Comment pouvais-je baisser les bras après un tel combat ? Il s’est alors levé. Il m’a pris la main et m’a fait promettre devant l’assemblée qui nous observait que jamais, non jamais, je ne devais accepter l’échec. Il fallait que je poursuive avec la hargne qui m’avait caractérisée pendant ces trois années cette bataille contre les kilos. Il m’a dit de sa douce voix qu’il penserait à moi chaque jour et qu’il me donnerait la force de continuer cette lutte qui était la nôtre. Il ne souhaitait pas que je pense à lui, moi. Il m’offrait gratuitement et avec sincérité cette puissance mentale qu’il avait en lui. Il ne voulait pas que je revive cette existence de femme obèse. Il imaginait la douleur que j’avais éprouvée quand ces trente kilos étaient encore en moi.
C’est alors qu’une femme m’avoua qu’elle me trouvait jolie telle que j’étais aujourd’hui. Que mon corps, bien que rond, était bien proportionné et qu’aujourd’hui il fallait que je marche la tête haute. Elle voulait que je sois fière de ce que j’étais devenue. Et que c’est cette fierté qui devait m’animer pour lutter contre l’éventuel retour de ces putains de kilos. Les compliments et les conseils ont alors brisé le silence qui pesait au début de la séance. Je pleurais calmement en écoutant ces douces paroles de réconfort. Ces gens voyaient en moi l’espoir d’une vie meilleur pour eux aussi. Si moi j’avais réussi à perdre autant de kilos, eux pouvaient également garder le rêve qu’un jour mon corps actuel serait le leur dans quelques mois. Je ne pouvais pas les décevoir. Je ne pouvais pas briser leur rêve. Alors, je leur ai promis de continuer la lutte… 

































A vos plumes...