Parfois, je glisse subtilement vers l’intimité des gens. A pas de velours, sans précipitation, je prends connaissance de leur intimité : celle des mots, des pensées, celle des images… Je suis derrière une porte virtuelle et je regarde leur vie à travers un œil de bœuf. Je les vois, ils ne me voient pas. Ils sont exhibitionnistes, je suis voyeuriste. Equilibre des besoins, satisfaction des désirs pervers.
Certains racontent leurs maux avec réalisme : ils déversent sans complexe leurs angoisses, leur mal-être. Ils appellent au secours. Alors, les bonnes âmes qui errent avec nonchalance sur ces nombreuses pages web sont émotionnellement interpellées par cette détresse. Ils tapent quelques mots pour réconforter cet inconnu qui vit dans l’obscurité spirituelle. Pourtant, eux-mêmes ne sont pas d’une humeur gaie. Qu’importe, il faut sauver l’Autre… Ils ne se connaissent pas, ne savent rien l’un de l’autre. Mais l’altruisme guide leur vie. C’est un sentiment si rare de nos jours…
Souvent, les textes des blogs sont emplis d’une tristesse universelle : la mélancolie, les désillusions, l’incompréhension rythment l’état d’âme de ces écrivains en herbe. Y a-t-il des gens heureux dans ce monde régi par le mensonge, la trahison, la violence ?
Un large sourire enjolive mon visage. Oui, il y a des gens heureux dans ce monde où l’aide, l’amour, la sincérité réussissent à imposer leurs lois. Certains relatent leur vie amoureuse, leurs voyages. Ils illustrent leurs commentaires de photos personnelles. Elles ne sont pas cachées dans une vieille boite à chaussures. Au contraire, elles traversent elles-mêmes les continents grâce à cette modernité qu’est internet.
Au jour d’aujourd’hui, de nombreux blogs sont source de propagande pour les élections présidentielles. Chacun soutient son candidat et propose aux lecteurs de lui faire comprendre les idées de son chef de parti. C’est intéressant de pouvoir discuter avec des gens qui ne partagent pas nos opinions politiques : cette technologie empêche les débats agressifs où le langage verbal s’habille de méchants mots ! L’écrit reste discret, plus réfléchi. On argumente ses choix, on développe ses idées…
Le soir, j’aime flâner sur les blogs. Il y a mes amis du net dont je vais voir les nouvelles créations littéraires. Un petit commentaire fait toujours plaisir. Alors, malgré la fatigue de la journée, le manque de temps, je dépose dans la petite boite des mots simples qui témoignent de mon admiration lexicale ou de mon intérêt sur le sujet évoqué. Et puis, quand la soirée s’éternise, je pars vers d’autres contrées et je découvre avec délice le carnet intime d’autres personnes… Parfois, je suis touchée car le thème abordé reflète mes propres interrogations : l’addiction à la nourriture, la quête perpétuelle du bonheur, la passion de l’écriture, les films d’auteurs… On pourrait avoir beaucoup d’amis sur internet !
Et soudain, je clique sur mon propre blog : 5 personnes y sont connectées. Je deviens exhibitionniste et eux voyeuristes. On entre dans mon intimité, dans les profondeurs de mon âme… Qu’y voit-on ?



Magnifiquement surprenant… Une fin comme je les aime : aucun indice n’est dévoilé, tout est suggéré. Le spectateur, dans l’obscurité de la salle, regarde avec attention les images qui défilent inlassablement sur le grand écran. Il cherche à comprendre. Tel un détective, il rassemble les éléments afin de donner une explication plausible à ce questionnement : comment l’auteur du mystérieux roman « Le nombre 23 » connaît-il aussi bien la vie de cet homme banal qui déambule dans la vie du film tel une taupe dans un jardin ?
Walter, incarné au cinéma par Jim Carrey, est également subjugué par ces coïncidences entre sa propre existence et celle du personnage principal de ce livre à la couverture rouge sang. Offert par sa femme un soir de pluie, ce livre va devenir l’objet diabolique d’une machination. Au fur et à mesure des pages lues, Walter va intégrer les idées paranoïaques du héros de son roman. Le nombre 23 est partout : dans les dates de naissances, sur les plaques d’immatriculation des voitures, affiché sur les réveils… Il va commencer à tout calculer et perdre le sommeil. Les essais additifs vont envahir ses murs, ses cahiers, son propre corps. Tels des tatouages, les additions vont se propager sur ce corps frêle qui progressivement va perdre son maître d’œuvre. Cette obsession du nombre 23 se dilate et l’esprit du propre fils de Walter va commencer à
Walter décide alors de chercher l’auteur de ce livre afin de mettre un terme à son calvaire psychologique. En discutant avec l’écrivain, il pense que ce dernier va le convaincre de la coïncidence entre la vie du personnage et la sienne et lui affirmer que la constatation de la suprématie du nombre 23 n’est que fictive. Il mène alors ses recherches avec l’aide
« Le nombre 23 » est un film dans la lignée de « Fight Club ». Complètement déconcertant, il entraîne le spectateur dans un tournoiement de questions. On se surprend à vouloir aider Walter à trouver l’auteur du roman à la couleur pourpre. Comment est-ce possible qu’un auteur puisse écrire une histoire aussi semblable à celle d’une personne « réelle » ? On s’interroge sur la bonne volonté de sa femme et sur la pertinence de son amour : peut-être est-ce elle qui a rédigé ce livre complètement fou ? Et qui consciemment a amené son propre mari à s’interroger sur l’existence démoniaque du nombre 23 ? 2 et 3, 23. Nombre associé à Satan, à l’univers parallèle des forces obscures. 


































A vos plumes...