Cadavres exquis
- Encore une nouvelle victime, Inspecteur. Toujours le même cérémonial : on l’a retrouvée décapitée. Comme les autres, elle est méconnaissable, impossible à identifier. Aucune trace de sang : le corps a sans doute été transporté après l’assassinat. La peau est cloquée par endroits, comme si elle avait été soumise à une forte source de chaleur. Quelle horreur !
- La thèse du tueur en série est donc désormais incontestable, agent Coquelin. Avec les beaux jours, ce malade semble accélérer la
cadence : déjà deux cette semaine. Le soleil a l’air de l’exciter ! Mobilisez toute l’équipe sur cette affaire : le pire est à craindre. Hormis la décapitation, portait-elle la
trace d’autres sévices ?
- Oui, sa cuisse aussi a été littéralement arrachée. C’est un sauvage, Inspecteur ! Un sauvage !
Les deux policiers rejoignirent leur équipe. Depuis le début du mois de mai, pas moins de cinq crimes avaient été commis. Souvent en rase campagne, la brutalité des faits contrastait avec leur cadre enchanteur.
- Enquête de voisinage et tout le tralala ! Nous devons obtenir des résultats, et vite. La panique risque de gagner la population. Allez, au travail !
L’inspecteur se dirigea vers les lieux du crime. Le corps avait déjà été enlevé. Le secteur était calme et relativement désert. Pourtant, un
premier témoin potentiel apparut : jeune, elle se dandinait à l’ombre des arbres.
- Dis donc ma petite cocotte, l’apostropha familièrement l’inspecteur, il ne fait pas bon se promener seule par ici. Tu es sans doute au courant de l’abominable crime qui a eu lieu ce midi. As-tu vu ou entendu quoi que ce soit qui pourrait nous aider ?
Le policier jouissait d’une certaine popularité au sein de la population féminine. Il savait inutile de se présenter : son témoin l’avait déjà souvent couvé d’un oeil langoureux.
- Ecoutez, Inspecteur. Ca jase pas mal dans le coin ! On parle d’un endroit où ce malade emmènerait ses victimes... Vous connaissez ce grand bâtiment moderne, dont la construction a généré tant de plaintes. Paraît que plusieurs d’entre nous auraient disparu par là-bas. Fait pas bon y traîner, croyez-moi. Enfin voilà, j’espère avoir pu vous aider. Vous faites quoi ce soir ? roucoula-t-elle, je ne me sens pas très en sécurité toute seule...
- Tu sais que je dois me lever à l’aube. Mais une autre fois, peut-être... Tchao poulette !
L’inspecteur décida de se rendre au lieu indiqué sans attendre les renforts. Il n’allait pas alerter toute son équipe à chaque déposition peu fiable : il avait l’impression que la petite cherchait surtout à attirer son attention.
Le bâtiment étendait son béton non loin de là. Il lui parut démesuré. Il s’en approcha prudemment. Soudain, une ombre surgit. Une main
gigantesque s’abattit sur l’Inspecteur.
- Viens donc par ici, mon petit poulet. Tu vas rejoindre tes congénères. Désolé pour toi, mais c’est la saison du pique-nique. Tu vas passer à la casserole, mon mignon !
Son cou craqua.




J’ai reçu hier matin mon relevé de comptes et
le résultat est fondamentalement dramatique. Depuis quelques mois, je me sentais enfin à l’aise dans la gestion de mes petites finances… à l’aise signifiant dans mon langage « pas de
découvert trop important ». Mon statut professionnel ayant été modifié depuis la rentrée dernière (Je n’ai plus en charge la Direction de mon école. Je ne faisais que fonction depuis trois
ans en attendant que quelqu’un l’a demande officiellement.), mon salaire a par conséquent diminué. Pourtant, je réussissais avec agilité à éviter les angoisses des fins de mois. Les quelques
folies que je continuais de m’autoriser avaient pour mission de m’aider dans mon épanouissement corporel et psychique : esthéticienne, abonnement à la salle de sports et quelques achats
vestimentaires…

Je sais que certains
ne comprendront pas qu’en tant qu’enseignante je suis dans cette situation. J’ai conscience que je ne suis pas la plus à plaindre. Ceux qui ne touchent que le SMIC ou moins encore sont dans des
situations nettement plus graves, je le reconnais. Mais vivre seul aujourd’hui est si difficile. Les factures s’accumulent et nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. Je
suis gênée d’avouer ma situation et j’ai honte… mais je me suis dit que cela me soulagerait certainement d’en parler ici. J’espère ne froisser personne en avouant mes
difficultés financières. Je sais que tout le monde a été concerné un jour ou l’autre par ce vide monétaire… Ce soir, j’avais juste envie d’être égoïste…
































A vos plumes...