Je ferme les yeux…
Le soleil éblouit le ciel bleu parsemé de ci de là de quelques nuages vaporeux…Ses rayons lumineux ornent cette voûte céleste de mille et un éclats. Il fait magnifiquement beau.
La chaleur de cet astre enveloppe mon corps à la peau laiteuse d’un halo sensuellement enivrant. Je frissonne.
Tel un jeune prince découvrant le corps féminin, le soleil me caresse de ses mains luisantes et me fait découvrir le plaisir tantrique. Volupté, érotisme, ravissement charnel, une jouissance naturelle qui provoque en moi un trouble infini…Je vibre…
Le chant des oiseaux flirte mélodieusement avec mes tympans. Cette douce musique berce mon âme et offre à mon cœur l’écho d’une allégresse juvénile. Le sifflement de ces volatiles encombre mon esprit d’une quiétude absolue. Tout mon être est en émoi. Tous mes sens sont séduits par cette ambiance lascive.
Malgré les gens qui m’entourent et qui vivent intensément ce moment, je suis seule.
Mon corps a quitté ce monde. Il s’est évaporé dans le ciel à la recherche de l’extase spirituel. La sérénité à l’état pur. Je suis bien. Allongée sur le sable blanc, face à l’infini, je m’offre. Mon être est devenu esclave de ce bonheur tranquille. Le soleil et moi ne faisons plus qu’un. Une fusion à son paroxysme. Il me rassure, m’apaise de cette folie qui m’étreint. La folie des Hommes. Mon union avec cette étoile est source de félicité. Oubliés les angoisses, les peurs, les soucis de la vie quotidienne. Le temps s’est arrêté. Mon Dieu, je suis heureuse !
Le téléphone sonne.
J’ouvre avec brutalité les yeux.
Le froid de mon appartement me réveille violemment. Je sens sur mon visage le souffle d’Eole qui aspire la chaleur d’antan qui m’enlaçait tendrement. Mon corps est crispé par les températures hivernales. Mon pied est glacé. Incapable de bouger, il souffre en silence.
Je suis allongée sur mon lit. Enfermée dans ma chambre à la tapisserie désuète, je regarde par la fenêtre l’état de mon amant qui, il y a quelques instants, m’enveloppait de sa chaleur rassurante. Le soleil est absent. Pas un seul rayon de lumière ne perce par delà mes vitres.
Au contraire, il neige. De gros flocons tombent et enjolivent ce paysage banal d’une ville normande. Je me lève et aperçoit les routes dont la blancheur me brûle la rétine. Tout est couvert de cette neige à la couleur virginale. Pas une voiture ne câline cette matière onctueuse. Pas un passant ne la piétine. Elle a conservé son état de pureté.
Les flocons continuent de danser dans ce ciel à la pâleur maladive. Ils offrent aux badauds des fenêtres un ballet digne des plus grandes compagnies. Ce spectacle atténue ma colère et mon désenchantement. Tant pis pour le soleil et cet instant orgasmique. Mon rêve évanoui, je me retrouve dans cette réalité qui a elle aussi un certain charme…
Il neige…




Je suis déçue, tellement déçue… J’avais foi dans la nature humaine, dans le respect de l’autre, dans la confiance et la réciprocité. Pourtant, depuis quelques temps, chaque jour qui s’écoule me prouve que ces valeurs sont malheureusement utopiques. Au jour d’aujourd’hui, mes idées sont désuètes. Suis-je la seule à croire encore en un amour véritablement solide pouvant braver les intempéries d’une vie à deux ? J’avais l’espoir que la maladie, le temps et la vieillesse, les enfants, les obligations professionnelles permettent de renforcer les liens d’un couple, pas de la détruire… Cet idéal d’existence n’est que pure illusion. Je me suis trompée. Qui a eu l’arrogance de bercer mes pensées de ces chimères absurdes ? Qui a osé abuser mon esprit et l’encombrer de cette philosophie à deux balles ? Le mensonge et la trahison ont de nos jours plus d’adeptes que la franchise et l’altruisme.
Mon cœur a mal. Ma tête souffre. Comment vais-je pouvoir évoluer dans un monde régi par de tels concepts ? Comment vais-je pouvoir construire mes relations en ayant en tête que mon interlocuteur a peut-être comme principe de vie la fourberie et l’imposture ? Je suis désabusée, véritablement désabusée… En qui vais-je pouvoir vraiment faire confiance ?
Mais au-delà de cette technologie source de malheur, il y a plein d’autres opportunités à la déchéance humaine. La distance géographique par exemple. De nos jours, quand on est à la recherche d’un emploi, on doit parfois accepter un poste éloigné de son lieu de vie. On se dit que l’amour aura raison des tentations purement physiques. On ne conçoit pas un seul instant que l’un ou l’autre pourra mettre en péril une relation de plusieurs années simplement pour vivre quelques heures de plaisir charnel. Naïveté quand tu nous tiens ! J’ai eu écho de certains hommes qui avaient une conception au paroxysme de la mienne. Aimer et baiser peut-être une chose parfaitement compatible. Aimer d’amour sa femme, celle avec qui on aura des enfants, celle qui peut-être portera un jour le nom de l’homme et coucher avec une autre juste pour le cul, juste pour entretenir son corps et ses capacités sexuelles, pour certains et certaines, c’est envisageable.
Alors moi, avec mes idées de nonne, je commence à me questionner. Je ne dois pas être de ce siècle où tout est permis. Mes barrières morales m’interdisent d’imaginer un seul instant tromper l’homme que j’aime. Je ne pense pas que ce soit la volonté qui m’empêche de commettre cet outrage à mon amoureux, mais le manque total d’envie d’aller voir ailleurs… parce que pour moi, on ne couche qu’avec celui que l’on aime. Au début, je croyais avec fermeté que c’étaient essentiellement les hommes qui abusaient de cette fourberie. C’est en surfant sur différents blogs que je me suis rendue compte que les femmes pouvaient également avoir cette conception de l’amour libertin. Alors, là, je ne vous raconte pas comment je suis tombée de haut ! La tristesse, la déception et la peur m’ont envahies. Et oui, sur cette planète qu’est la nôtre, il y a aussi des filles qui jouissent sans complexe de leur corps. Qu’elles le fassent avec des hommes libres, pas de problème, mais qu’elles cherchent consciemment des hommes mariés juste pour avoir la jouissance extrême de se sentir supérieure à la pauvre femme qui attend gentiment son petit mari à la maison en préparant un bon repas, là, je dis non !
Voilà ma peur d’aujourd’hui. Qu’Internet drague mon ami et lui fasse croire que la vie ailleurs est meilleure, plus exotique, sans soucis. J’ai peur de perdre mes idéaux parce que le monde qui m’entoure me les détruit à petit feu. Je rêve d’une vie simple basée sur la confiance et le respect. Je ne pense pas que ce soit impossible quand même ! Et pourtant, si. Il faut que je grandisse, que je sorte de cet univers de conte de fée où tout le monde il est beau et gentil. La vie d’aujourd’hui, ce n’est pas un roman avec une fin heureuse : ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Supercherie ! Il faut que je grandisse et que je voie enfin le monde avec les yeux d’une adulte. 
































A vos plumes...